On nous refuse, nous les figuratifs, de commenter dans les journaux même populaires, nos vernissages, nos salons sous prétexte que nous n'apportons rien de nouveau. Il serait facile de répondre à la critique qu'elle ne fait qu'annonner les propos indéchiffrables des mandarins qui vivent au dépens de ces pauvres artistes dont ils sont les lamproies. On nous reproche de faire de l'illustration ou de la reproduction de photographie. Rien n'est plus faux. Regardez un Dumas, un l'Archevêque, un Wyeth. La grande expérience des années se traduit par une maîtrise de la forme, de la couleur et surtout par une grande interprétation, par une transposition de la réalité des trois aux deux dimensions. Quand je peins, je m'inspire de ce que je cherche devant moi. Je déplace, je modifie les objets. J'en ajoute, j'en retranche et le produit final n'a qu'un lien de parenté très éloigné du point de départ. J'accepte facilement que cette interprétation soit poussée très loin. Un Modigliani serait le bienvenu dans mon salon. J'ai grand plaisir à visiter les musées. Mais je refuse de reconnaître que le scandale soit nécessaire pour pousser un peintre. Je refuse de croire que pour réussir, un artiste doive transformer sa vie personnelle en un roman dont les chapitres servent à alimenter les débats de petits boudoirs. Je refuse de me transformer en clown de cirque pour avoir le privilège d'être "reconnu". J'accepte aussi que certains malhabiles se dotent d'une notoriété malsaine pour écouler leurs oeuvres, mais je refuse de suivre ce chemin. Je comprends mal que nous soyons les cibles de critiques fraîchement sortis des milieux académiques et dont les opinions suivent bêtement les traces de certaines Mecques internationales presque toujours en retard sur leur appréciation des valeurs actuelles. On a ignoré un M.A. Fortin durant sa vie, pour heureusement le reconnaître lorsque le public l'a découvert après sa mort. Les petites vedettes d'aujourd'hui, subventionnées par mes taxes, et dont les oeuvres incompréhensibles décorent tous les centres d'art de mon pays, iront à l'entrepôt en deux décennies. Il restera des Jackson, des Lemieux, des Colville, des Fortin... tous peintres figuratifs. Nos musées deviennent des cavernes désertes permettant à certains fonctionnaires de roucouler de savantes explications des tableaux... qui ne valent pas mille mots.
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