Je suis un peintre figuratif. Pourtant mes longues études et ma carrière parallèle m'ont tenu en contact avec la fine pointe du milieu des arts. J'ai choisi d'être réaliste. J'ai choisi de refuser de m'englober dans un "isme" quelconque pour mendier les subsides des hautes instances gouvernementales. J'ai choisi de gagner mon pain avec mon pinceau. Contrairement à une certaine élite, je refuse de jauger ma cote d'amour en proportion inverse du nombre d'acheteurs. J'ai un immense respect pour la belle main comme autrefois on admirait la "belle écriture". J'ai respect pour ceux qui ont pris le temps et fait l'effort de bien connaître leur passé, leurs armes, leurs traditions et leurs outils. Je peins pour le plaisir des yeux. Je n'aime pas les tableaux qui existent seulement si on les explique longuement. Je n'ai aucune querelle avec ceux qui réclament l'exclusivité d'une école ou d'un style. Je n'ai pas scrupule à trouver belles des oeuvres modernes et parfois insolentes. Je respecte surtout la pluralité d'expression. On dit des artistes qu'ils sont tolérants, qu'ils sont à l'avant-garde de la conscience humaine. Peut-on en dire autant des critiques d'art et des organismes officiels qui chapeautent la diffusion publique de l'expression artistique.

Ces longues années que j'ai passées en communication de masse m'ont fait réfléchir et essayer de trouver de toutes petites réponses à de nombreuses questions qui reviennent sans cesse. Certaines de ces questions, je les propose à votre réflexion.

Pourquoi faut-il que les enfants chéris des magazines d'art subventionnés par les ministères, que ces artistes "officiels" affichent un dédain supérieur pour ces pauvres innocents que sont les hommes d'affaires et le peuple ou pire encore pour leur confrères "vendants"?

Pourquoi faut-il que certains chefs de file renient complètement toute l'expérience des siècles passés et essayent en détruisant de réinventer sans effort le monde des images? La peinture est la seule facette des arts où on veut tout effacer. En musique, l'invention du synthétiseur n'a pas mis au rancart les notes et l'orchestre. Pourquoi faut-il que nos journaux "populaires" soient le repaire de critiques engagés niant l'existence des différentes écoles. Confierait-on la chronique politique à un député d'un parti. Pourtant dans le grand journal de ma ville, on peut lire une page sur l'artisanat et une page de fiel pour les artistes populaires et de courtisanerie envers les grands "ismes". Si, comme on le répète à tous vents, la peinture est un geste d'amour, pourquoi cette élite ne fait-elle l'amour qu'avec un manuel d'instruction périmé dicté de Paris?

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